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    Vous qui habitez la ville, et qui ne connaissez le blé des champs que sous l'aspect du pain, vous ne savez pas combien la verdure est belle, le long des petits chemins !

     

    La verdure qui pousse, haute ou basse, la verdure qui fleurit les prairies, le sainfoin, le coquelicot, le plantain, la stellaire, le lierre rampant, le roseau, le pissenlit, ma foi beau, la bardane, et le chardon.

     

    Hé  chardon je ne connaissais pas ta chevelure hérissée, j'avais entendu dire, par les gens de la campagne, que personne ne s'entend comme toi, à semer la discorde et la pagaille !

     

    Je ne te connaissais pas, et je ne cherchais même pas à te voir de plus près, encore moins à te toucher, tant la mauvaise réputation est très vite, partout répandue !

     

    On dit que méprisé de tous, tu n'es bon qu'à nourrir les ânes, on redoute tes feuilles acérées...

     

    Mais celui qui ne recherche pas seulement la beauté te voit comme une fleur épanouie !

     

    On dit pis encore, on proclame par la loi, que la famille chardonnière est bannie, sera arrachée du sol et périra toute entière par la bèche et la faux.

     

    Pitié pour cette pauvre plante, que vous regardez, hélas, d'un oeil trop sévère !

     

    Voyez comme elle cache sous son humble verdure les pierres et les décombres, dont les gens des villes outragent la campagne, certains tout au moins !

     

    Voyez comme sur chaque tige, se dresse une fleur charmante, ouverte ou mi-close !

     

    Voyez comme, autour de chaque fleur éclate une collerette pure, baignée de fraîche rosée !

     

    Voyez comme les calices écailleux du chardon sont tendus de dentelle en toile d"araignée et de fils de la Vierge !

     

    Ils frissonnent sous l'ardeur du soleil, ils font étinceler à chaque souffle de vent, leur poussière de diamants.

     

    Le papillon blanc virevolte , ça et là , ivre de gourmandise, il volète de fleur en fleur, se hâtant de ravir aux abeilles le miel qu'elles convoitent.

     

    Dans les lieux où on distille des huiles parfumées, l'on ne respire pas d'odeur plus suave que répand l'été, soir et matin, un champ de chardons couvert de fleurs !

     

    Voyez comme s'élance, du sommet des tiges flétries, la semence ailée, tourbillonnant au vent !

     

    Immortelle, elle trouvera, loin de nous, le jour libérateur de sa résurrection.

     

    Ainsi donc, bien que banni par la loi, bien que proscrit, chardon tu n'en vis pas moins !

     

    C'est en vain que l'on s'efforce de retirer depuis toujours, la semence partout où elle se pose.

     

    A tort ou à raison, ô chardon banni, jamais mon coeur ne te méprisera, car il recherche, dans les œuvres de la nature, non l'intérêt qu'il pourrait en tirer, mais la beauté et la bonté qui s'en dégagent ! 

    Et dans un pré tu l'éclaires simplement.

    ***

     _C'est l'extrait d'un texte en flamand de Guido Gezelle, dont j'ai changé des phrases car difficile de traduire les poésies dont j'ai la chance de posséder un livre de 1801...

     

     

    Bannis et pourtant beaux !

     

     
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