• La bécasse...

     La bécasse...

     

     

    J'ai souri en faisant cette vidéo et envoyé il y a quelques mois pour remonter son moral à une amie du sud qui en discutant  m'avait dit :

    _ " Tu te rends compte, pour qui on me prend, ils se moquent de moi ma parole,  je suis vraiment une bécasse, qu'en penses-tu Marie ?

     _  " C'est à toi de décider si cette personne et son entourage valent la peine que tu t'en fasses pour eux, si  c'est pour être comme tu dis une " bécasse "alors évites-les...

    Donc vidéo ci-dessous et j'ai ajouté pour l'article de ce jour un texte de Maupassant Guy.

     

    ***

     

    La Bécasse, ce conte parut le 5 décembre 1882.

    Je précise que c'est un conte d'humour, et que je ne suis  pas  pour la chasse, bien que toute personne est libre d'aimer ou non !

     

    La bécasse...

     

    Le vieux baron des Ravots avait été pendant quarante ans le roi des chasseurs de sa province.

    Mais, depuis cinq à six années, une paralysie des jambes le clouait à son fauteuil, il ne pouvait plus que tirer des pigeons de la fenêtre de son salon ou du haut de son grand perron.

    Le reste du temps il lisait.

    C'était un homme de commerce aimable chez qui était resté beaucoup de l'esprit lettré du dernier siècle.

    Il adorait les contes, les petits contes polissons, et aussi les histoires vraies arrivées dans son entourage.

    Dès qu'un ami entrait chez lui, il demandait :

    _ Eh bien, rien de nouveau ?

    Et il savait interroger à la façon du juge d'instruction.

    Par les jours de soleil il faisait rouler devant la porte son large fauteuil pareil à un lit.

    Un domestique, derrière son dos, tenait les fusils, les chargeait et les passait à son maître, un autre valet, caché dans un massif, lâchait un pigeon de temps en temps, à intervalles irréguliers, pour que le baron ne fût pas prévenu et demeurât en éveil.

    Et, du matin au soir, il tirait les oiseaux rapides, se désolant quand il s'était laissé surprendre, et riant aux larmes quand la bête tombait d'aplomb ou faisait quelque culbute inattendue et drôle.

    Il se tournait alors vers le garçon qui chargeait les armes, et il demandait, en suffoquant de gaieté :

    _Y est-il, celui-là, Joseph as-tu vu comme il est descendu ?

    Et Joseph répondait invariablement :

    _ Oh  monsieur le Baron ne les manque pas.

    A l'automne, au moment des chasses, il invitait, comme à l'ancien temps, ses amis, et il aimait entendre au loin les détonations.

    Il les comptait, heureux quand elles se précipitaient.

    Et, le soir, il exigeait de chacun le récit fidèle de sa journée.

    Et on restait trois heures à table en racontant des coups de fusil.

    C'étaient d'étranges et invraisemblables aventures, où se complaisait l'humeur hâbleuse des chasseurs.

    Quelques-uns avaient fait date et revenaient régulièrement.

    L'histoire d'un lapin que le petit vicomte de Bourril avait manqué dans son vestibule les faisait se tordre chaque année de la même façon.

    Toutes les cinq minutes un nouvel orateur prononçait :

    _J'entends  Birr... birr !" et une compagnie magnifique me part à dix pas.

    J'ajuste et  Pif... paf  j'en vois tomber une pluie, une vraie pluie.

    Il y en avait sept !

    Et tous, étonnés, mais réciproquement crédules, s'extasiaient.

    Mais il existait dans la maison une vieille coutume, appelée le " Conte de la Bécasse ".

    Au moment du passage de cette reine des gibiers, la même cérémonie recommençait à chaque dîner.

    Comme il adorait l'incomparable oiseau, on en mangeait tous les soirs un par convive, mais on avait soin de laisser dans un plat toutes les têtes.

    Alors le baron, officiant comme un évêque, se faisait apporter sur une assiette un peu de graisse, oignait avec soin les têtes précieuses en les tenant par le bout de la mince aiguille qui leur sert de bec.

    Une chandelle allumée était posée près de lui, et tout le monde se taisait, dans l'anxiété de l'attente.

    Puis il saisissait un des crânes ainsi préparés, le fixait sur une épingle, piquait l'épingle sur un bouchon, maintenait le tout en équilibre au moyen de petit bâtons croisés comme des balanciers, et plantait délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en manière de tourniquet.

    Tous les convives comptaient ensemble, d'une voix forte :

      _Une, deux,  trois,  et le baron, d'un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou.

    Celui des invités que désignait, en s'arrêtant, le long bec pointu devenait maître de toutes les têtes, régal exquis qui faisait loucher ses voisins.

    Il les prenait une à une et les faisait griller sur la chandelle.

    La graisse crépitait, la peau rissolée fumait, et l'élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez et en poussant des exclamations de plaisir.

    Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé.

    Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l'ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités.

     

     

    La bécasse...

     

    A BIENTÔT

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 12 Décembre 2019 à 08:06

    Joli conte de la bécasse, j'ai lu du Maupassant mais jamais les contes de la bécasse, ça doit être plaisant à lire, bien que je n'apprécie pas la chasse.

    Je te souhaite une belle journée

    Amicalement

    Claude

    2
    Jeudi 12 Décembre 2019 à 09:03

                                              Bonjour Marie

    Bonne idée pour avoir fait ce billet à partir du conte de Maupassant

    Bravo !

    Passe un bon jeudi en ce 12 décembre

    Tra la la la

                                      Amitié

    Jean

    3
    Jeudi 12 Décembre 2019 à 09:09

    On voit que tu aimes écrire. J'adore.  Maupassant est mon auteur préféré, mais ça, tu le savais déjà. Dis à ta copine que ce n'est pas une bécasse et fais-lui un bisou pour moi.

    Je file à la manif...

    Grosses bises, ma poule !

    4
    Jeudi 12 Décembre 2019 à 11:46

    Bonjour Marie

    C'est un très joli conte , merci pour le partage cool!

    Passe une excellente journée

    Gros bisous

    5
    Jeudi 12 Décembre 2019 à 16:47

    J'ai étudié une partie des contes de la bécasse à l'école, ça commence à dater smile

    Bonne fin de journée.

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